Ahmed Dich – Écrivain

Il est vain d’attendre de la vie ce que l’on porte déjà en soi.
La vie est une combustion
La vie est une combustion intérieure, souvent incomplète, et dont les traces et les effets subsistent bien après les événements eux-mêmes. Comme le limon laissé par la rivière après la crue, chaque expérience humaine dépose en nous une matière obscure et fertile. Cette substance impalpable, fluctuante, faite d’expériences, de blessures, d’espérances et de pensées inabouties, constitue le terreau de notre existence, à défaut d’en être la pierre angulaire. Et il n’est pas simple de se coltiner cette glaise épaisse dont on pourrait faire des talismans ; comme il n’est pas toujours aisé d’appréhender ce qui demeure, ce qui sédimente pour mieux saisir ce qui échappe à la conscience immédiate.
Le verbe devient alors l’instrument de forage ultime pour révéler ce qui, sans lui, resterait enfoui. Mais c’est la conscience seule qui capte ces fragments de vérités intimes, à la fois personnels et universels, qui traversent l’individu, souvent à son insu, et qui pourtant le relient mystérieusement aux autres par la grâce de la compassion, système vasculaire universel. L’humanité redevient alors un lieu de greffe possible entre les Hommes. Et chacun de se reconnecter à cette part inconnue de lui-même, jusque dans sa structure la plus infime. Vivre pour l’écrire est cette tentative sublime et désespérée de sauver cette part invisible sans laquelle l’existence humaine finirait en bois mort.
Je comprends encore mieux aujourd’hui le sens de mon parcours chaotique en tant que simple écrivain. La littérature confère encore à la vie une certaine noblesse. Elle permet surtout de retarder le plus longtemps possible la déshumanisation inhérente à notre condition de mortel. Pour ma part, j’ai atteint ce stade crucial de la vie, où mon esprit m’appartient complètement. L’écriture ou un salaire en guise de compensation pour une liberté confisquée. J’ai choisi. Je n’ai jamais possédé que ça, le temps et ma liberté. J’ai appris depuis bien longtemps à faire le deuil de quelques rêves incertains, qui ne m’auront finalement rien coûté. C’est ainsi que l’on affronte la vie, qui désormais tire à balle réelle.
Ahmed Dich