
Ernest
« Être le premier garçon d’une famille nombreuse, et marocaine de surcroît, procure des avantages – au détriment des plus jeunes. Mon statut d’aîné a nourri une aisance naturelle pour les loisirs et une fainéantise rédhibitoire. Fils chouchouté d’une tribu de trois filles et trois garçons, mon règne a duré toute l’enfance et mon hégémonie s’est accrue aux premières lueurs de l’adolescence. J’ai pu ainsi liquider un stock impressionnant de caprices. Papa me passait tout. Pour ça, il était super. Comme tous les pères, il projetait sur moi ses propres rêves, avec l’intime conviction que je deviendrais un jour la clef qui ouvrirait cette chaîne qui cadenasse le destin des gens modestes ».
Après avoir satisfait tant bien que mal les aspirations de son père en obtenant le baccalauréat, Abdel entre à la faculté. Quatre ans (et quelques redoublements) plus tard, alors que sa bourse d’étudiant lui a été retirée, il devient représentant en produits d’entretien. Son premier client, Ernest, est un vieux monsieur distingué qui vit seul dans son hôtel particulier de Neuilly. Entre le vieux monsieur et le jeune garçon se nouent peu à peu des liens de complicité et de tendresse. Abdel aide Ernest à retrouver ses souvenirs ; Ernest oblige Abdel à tenir la promesse faite à son père : devenir la pierre angulaire d’une génération d’intellectuels…
Un roman cocasse et sensible, plein de vitalité et de tendresse.
Prix cœur de France 1997

Quelqu’un qui vous ressemble
« Durant les premiers mois à Bazens, dans le sud-ouest de la France, nos idées étaient empreintes de la même mélancolie, et le Maroc accaparait toutes nos pensées. Nous croyions qu’il était possible de garder un pied de chaque côté de la Méditerranée. L’imagination tenait un rôle majeur dans mon raisonnement et ma compréhension des choses. C’était bien pire que si nous avions été des sourds-muets. Mais depuis notre installation à Nérac, la vie était enfin lancée sur de bons rails. Le destin de chacun commençait à prendre sa couleur propre, et l’on s’affranchissait de la paranoïa qui nous avait servi de refuge confortable.
Même si la confiance était encore teintée de crainte, la greffe semblait bel et bien prendre. Nous poussions le mimétisme jusqu’à prendre l’accent gascon… »
La France a résolu pour nous plus de problèmes qu’elle n’en a soulevé. Quelqu’un qui vous ressemble, c’est ma réponse sincère à la question que la vie m’a posée très tôt : comment être français pour la vie tout en étant marocain pour l’éternité ?
Quelqu’un qui vous ressemble témoigne, par sa verve, sa fraîcheur, sa lucidité, de belles qualités de plume et de cœur.

Un guide aveugle et fou
L’amour est un corps étranger dans chaque être humain. Et si l’on subit (hélas) bien des rejets avant que la greffe ne prenne, je n’ai toujours pas saisi les raisons du miracle. Comment aurais-je pu trancher sinon entre ma passion pour la littérature et la femme de ma vie ? Ecartelé par deux forces divergentes, j’ai finalement choisi de sacrifier une fille rare. Je croyais que l’Amour était une chose trop belle pour être vécue dans la médiocrité ou la compromission. Le bonheur a parfois des effets néfastes sur ceux qui s’oublient lorsqu’ils le vivent… J’aurais sûrement été moins fou si la vie ne débutait réellement qu’au premier bonheur pour s’achever aussitôt que celui-ci devient impossible.
Vibrant de sincérité, ce récit d’Ahmed Dich réunit les qualités du témoignage et du roman d’apprentissage.

La note pour les cannibales
Un homme, Marcel, le narrateur, voit sa vie bouleversée par l’irruption dans son quotidien d’un étrange clochard céleste, Tom. La quarantaine, agent immobilier prospère, vivant en concubinage avec Élisabeth, belle jeune femme qui est en outre la fille de son patron, prénommé Jacques, Marcel est un pur produit des » années fric « , exaltant la réussite financière à tout prix, et en tout cas au prix d’un certain niveau de conscience. Au cours de cette véritable crise existentielle, qui durera quatre mois, Marcel se reconstruira peu à peu, avec des sentiments et des idées simples, soutenu, ou plutôt porté à bout de bras, par quelques anges gardiens : Tom bien sûr, ainsi que Jacques son presque beau-père, mais aussi Omar et surtout Maria, énigmatique jeune femme qui le forcera à faire le tri dans son esprit, à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Avec Maria – grâce à elle -, il apprendra à respecter, à aimer, à attendre, jusqu’au dénouement, véritable coup de théâtre qu’on se gardera bien de dévoiler. Dans ce roman à la Buzzati, à la limite du fantastique mais sans aucune des conventions propres à ce genre, Ahmed Dich donne l’un de ses meilleurs livres. Ouvrage qui se lit d’une traite, sans qu’on puisse s’en détacher avant que le fin mot de l’histoire soit révélé, à l’issue d’une quête intérieure génératrice de suspense comme d’espoir.
Prix Méditerranée des lycéens 2005

Autopsie d’un complexe
« J’étais bien dans ma peau, même s’il fallait jongler en permanence avec les paradoxes. Je n’aspirais qu’à être un Français normal. Mon prénom arabe n’était pas une contradiction rédhibitoire. Il fallait surtout chasser les petits complexes endogènes. Après tout, Ali valait aussi bien qu’Alain ou André. Mon héritage marocain n’était pas plus encombrant qu’un autocollant. Les sentiments sont la seule couleur qui compte vraiment. D’où que l’on vienne, et en dépit de toutes les épreuves et les douleurs que subissent les peuples, les hommes auront toujours une terre pour vivre et y être enterrés. Et quand bien même serait-on étranger dans un pays, le caractère sacré et universel de la vie octroie à chacun une citoyenneté d’âme qu’aucun autochtone ne saurait lui refuser. C’est encore plus simple quand on vit dans ce pays, pensai-je ! Et pourtant. » Autopsie d’un complexe, c’est l’histoire du jeune Ali, devenu policier pour prouver que l’on pouvait être arabe et du bon côté de la société. C’est surtout le roman de la désillusion d’une génération, que les attentats du 11-Septembre ont stigmatisée davantage. Mais l’espoir est au bout de la quête, qui mènera Ali et son ami Siki de la Gascogne à Roubaix, de Paris à New York, de la France au Sénégal. « Quand l’animal est blessé, il n’est pas nécessaire de refermer la cage. Dans la souffrance, on perd avant tout le gout de la liberté pour se contenter de survivre. »

Chibani
Malick, fils d’ouvrier agricole, quitte la capitale pour se ressourcer dans son Sud-Ouest natal. Son ambition de devenir comédien s’est heurtée au mur des stéréotypes : on ne lui donnait pas d’autre rôle que celui de l’Arabe de service. Au village, il retrouve Chibani, un vieil ami de son père, et leur rencontre va tourner à l’affrontement. Malick se voit reprocher d’avoir renié ses origines, tandis qu’il n’hésite pas à souligner l’intolérance et le refus de s’intégrer de son hôte. A travers ce dialogue haut en couleur, deux visions de la vie s’affrontent, celles de la première et de la deuxième génération d’immigrés. Un livre à la fois réaliste et poétique sur un thème très sensible.
« J’avais déjà suffisamment obtenu de la vie, pour ne pas me décourager en si bon chemin. J’arrivais de si loin qu’il n’était plus nécessaire de me presser, et surtout pas d’abandonner. Malgré les doutes qui pouvaient m’assaillir par moments, l’espoir demeurait finalement à portée de main. L’avenir ne saurait se résumer à une simple lecture du passé. Et même s’il m’incombait de concilier un devoir de fidélité, avec des perspectives tournées résolument vers le futur, je veillerais à ne pas ressusciter mes vieux démons, tout juste endormis. Les vieux fantômes ont le sommeil léger, mais l’amour rend optimiste. À défaut d’avoir tenu toutes ses promesses, la vie m’aura au moins offert le choix des armes.
Je me sentis soudain prêt à endurer bien des sacrifices. Pour le reste, j’avais acquis quelques certitudes auprès du vieux. Je tâcherais surtout de ne plus jamais me laisser parasiter par cette question sournoise de l’identité. Nous ne sommes tous que des invités éphémères sur la Terre ».
Prix Beur FM- TV5 Monde

Quelques rêves incertains
Le « coq gaulois », fier et orgueilleux, n’a pas toujours été un mouton tondu. Et les Français commencent à se réveiller de cette longue nuit blanche, qui dure depuis quatre décennies.
Dans le rétroviseur, tendu par la nostalgie, ne subsistent plus que quelques vestiges des Trente Glorieuses, dont l’image fanée paraît maintenant irréelle. La gueule de bois est sévère. Victimes du syndrome de Stockholm, certains continuent pourtant d’y croire au lendemain qui chante, alors que la chanson des Restos du cœur leur a déjà offert l’hymne de leur résignation.
La naïveté ne sert qu’à désarmer les innocents ! Aussi, je ne me suis pas encombré de boniments. Tel le vieux pêcheur dans Le Vieil homme et la mer, j’ai pu rapporter un petit poisson de cette longue traversée de la mémoire. Certains y reconnaîtront la carcasse d’une époque révolue ; l’épave est suffisamment identifiable pour que chacun puisse y déceler les vestiges de son propre monde. Les souvenirs aussi infligent des souffrances, sur lesquelles s’articule la mémoire.
« Depuis plus d’un siècle, la France a reçu en son sein des gens de tous les peuples, de toutes confessions. Aujourd’hui, la Terre pourrait avoir son ambassade en France. Et quoi qu’en disent les nostalgiques, cette ouverture ne sera jamais une menace pour son identité. L’identité de la France, c’est ce miroir qu’elle a toujours tendu au reste du monde, afin d’inspirer les peuples opprimés, et leur montrer la voie d’un possible meilleur. Mais ne vous y trompez pas. La France n’est pas une vielle dame grabataire, en dépit sa longue histoire, avec ses victoires et ses défaites. Sa mémoire est précisément sa source de jouvence éternelle. Et ne vous fiez surtout pas à sa forme hexagonale ; son squelette a été sculpté par le génie humain et son âme a été inspirée par des poètes illuminés et des écrivains possédés. Les maudits y ont été des rois. Si la France devait mourir un jour, ce ne serait qu’après avoir enterré le dernier cadavre d’un monde suicidé. »