
New York 1991
La vie est une combustion intérieure, souvent incomplète, et dont les traces et les effets subsistent bien après les événements eux-mêmes. Comme le limon laissé par la rivière après la crue, chaque expérience humaine dépose en nous une matière obscure et fertile. Cette substance impalpable, fluctuante, faite d’expériences, de blessures, d’espérances et de pensées inabouties, constitue le terreau de notre existence, à défaut d’en être la pierre angulaire. Et il n’est pas simple de se coltiner cette glaise épaisse dont on pourrait faire des talismans ; comme il n’est pas toujours aisé d’appréhender ce qui demeure, ce qui sédimente pour mieux saisir ce qui échappe à la conscience immédiate.
Le verbe devient alors l’instrument de forage ultime pour révéler ce qui, sans lui, resterait enfoui. Mais c’est la conscience seule qui capte ces fragments de vérités intimes, à la fois personnels et universels, qui traversent l’individu, souvent à son insu, et qui pourtant le relient mystérieusement aux autres par la grâce de la compassion, système vasculaire universel. L’humanité redevient alors un lieu de greffe possible entre les Hommes. Et chacun de se reconnecter à cette part inconnue de lui-même, jusque dans sa structure la plus infime. Vivre pour l’écrire est cette tentative sublime et désespérée de sauver cette part invisible sans laquelle l’existence humaine finirait en bois mort.
Ahmed Dich