Dominer la Terre et subir le ciel

L’Homme domine la Terre mais subit le ciel, qui n’en fait jamais qu’à sa tête. Le pays redoutait une sécheresse, et voilà que nos nappes phréatiques ont rarement été aussi pleines. Il y aura toujours des fines bouches pour se plaindre de la situation, oubliant qu’entre le « trop-plein » ou le « pas assez », on n’est jamais à l’abri d’un déluge ou d’une calamité. Par bonheur, nous ne vivons pas des Temps bibliques et n’avons pas à craindre les dix plaies d’Égypte. Au contraire, le quidam semble s’être affranchi des recommandations du Livre. Dieu n’est pas rancunier et le printemps est là, encore nu mais toujours prometteur. Les jonquilles ont ouvert le bal, mais déjà fanées, les tulipes ont repris le flambeau pour jeter les bases d’un été que nous espérons radieux. Puis viendrons les iris et toutes les autres plantes. Chaque saison nous rappelle que rien ne dure, et que toute vie n’est qu’un effacement constant du temps présent au profit du futur. Et c’est pourtant cet avenir que nous sabotons en nous condamnant à trimballer à perpétuité des créances inexpiables. De ce fait, aucune loi, aucune dette ne devrait avoir d’effet rédhibitoire, sous peine de changer la nature même de notre liberté. Les chiffres sont implacables, et ne laisse jamais de place à la poésie, qui est l’essence même de l’existence, délestée d’un corps. La nature de la vie est fondamentalement légère ; c’est tout ce l’on met sous le tapis qui la rend parfois indigeste. Lourde. Insupportable. Vivement demain.

Ahmed Dich

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